(Petite précision: c'est "preacher" dans le sens de prêcheur, parce que
discours, dimanche, tout ça... et non dans le sens de
prédicateur)
Donc dimanche, discours du petit Nicolas. Enfin, je vais vous
dire. Parce que vue la platitude de ce qu'on a pu entendre avant, il fallait un
peu d'action... Nous autres blogueurs, invités pas tout à fait à leur place,
nous nous sommes incrustés aux premières loges, juste à côté de la scène, avec
nos amis les journalistes et leurs caméras coups de poing...
Et de l'action, il y en a eu. D'abord dans la salle. Je passe sur les entrées
remarquées de Johnny et Doc Gyneco (oui, je passe, déjà qu'on me traite de
midinette, hein...). Mais ce n'était rien à côté de l'ovation pour Sarkozy. Là,
vous hallucinez: près de 2000 personnes qui se lèvent, qui l'acclament, les
drapeaux, les bannières... Une espèce de vague vous arrive sur la gueule, sans
trop comprendre comment ni pourquoi.

Et le discours commence. Beaucoup d'idées, ponctuées de phrases clés: "Les
enfants de 68 étaient les enfants gâtés des 30 glorieuses. Vous êtes les
enfants de la crise, il faut que cela cesse", "Les enseignants ont une autorité
à reconquérir, ils ont le devoir de la vouloir", "La différence est une
richesse et non une menace", "Il ne doit pas y avoir appropriation d'un
héritage, tout se mérite. C'est ce qui confère à l'Homme sa liberté et sa
dignité", "Il n'y a pas de République sans la participation de chacun", "Il n'y
a pas de droit sans devoir".
Et des objectifs:
- Le droit à l'excellence, car l'ignorant ne peut pas être libre (avec la
précision que l'éducation commence par la famille, qu'il faut donc aider les
familles en difficulté et offrir la possibilité de faire faire les devoirs à
l'école, pour pas que les gosses se retrouvent livrés à eux mêmes à la
sortie),
- Une nouvelles éducation, avec la construction d'une école qui donne envie
d'apprendre,
- La démocratisation de la culture et du sport (qui est la morale de
l'effort),
- Le droit à la formation tout au long de sa vie (avec la création d'une sorte
de compte épargne formation pour chacun),
- Le droit à une expérience professionnelle,
- Le droit à la création (pour une société d'entrepreneurs et de
créateurs),
- Le droit à sauver notre planète ("Il faut organiser aujourd'hui une société
de modération pour éviter demain une société de privation"): le libre échange
ne doit pas s'affranchir de taxes, il faut faire du développement durable un
critère de toutes nos politiques, substituer la taxation de la pollution à la
taxation du travail, renforcer la responsabilité des personnes
morales...
Et la conclusion du discours: vers un nouvel humanisme, il faut porter le
débat démocratique vers le haut.
Personnellement, outre l'évidente qualité d'orateur de Sarkozy, j'ai trouvé
le discours particulièrement bien ficelé. Parce que forcément, tout cela parle
à chacun d'entre nous. Parce qu'il y a de l'ambition dans ce discours. Parce
que oui, je suis d'accord sur le fait que l'on change les choses en étant
batisseur, et non en étant destructeur. Que les choses se mérite, et seul le
travail nous offre une certaine liberté. En même temps, fière d'être française,
je ne me vois pas hisser mon drapeau tous les matins dans mon jardin (et puis
d'abord, je n'ai pas de jardin). Mais il est évident que le système éducatif
doit être changé en profondeur, que les entreprises doivent être moins taxées
(et les professions libérales aussi, tiens, en passant. Quoi je prêche pour ma
paroisse ?!), qu'il faut trouver un nouvel idéal européen, parce que là on
s'enlise grave, et que notre beau pays sombre tranquillement dans un
immobilisme général.
J'attends de voir les autres idées des autres partis, celles développées par
les socialistes notamment. Histoire de voir qui parviendra à me convaincre
qu'il a réellement envie de faire bouger les choses, et qu'il mettra tout en
oeuvre pour y arriver. En attendant, Sarkozy semble avoir cette ambition et la
détermination qui va bien. Et c'est clair qu'une Royal , un Jospin ou un
Hollande aura bien du mal à me convaincre.
Mais je ne peux m'empêcher de penser que ces hommes et ces femmes, à ce
niveau là, n'ont peut être plus de goût de la politique au sens premier. Le
pouvoir, la capacité à dégager de telles énergies dans une foule, n'ont-ils pas
faussé les idéaux qu'ils ont pu tous avoir en se lançant dans une telle
carrière ?
Comme vous le voyez, il m'en reste un goût amer. Les objectifs évoqués, les
idées transmises me parlent réellement, mais de gauche ou de droite, la
personne qui sera élue en mai prochain fera-t-elle passer les besoins de notre
société avant ses propres ambitions ?
Je m'égare...mais je ne peux pas m'empêcher de penser que soulever de telles
réactions au sein notamment des militants doit être réellement grisant. Et
c'est là que le cynisme pointe son nez...





