Longtemps on se croit éternel. C'est un peu l'apanage de la jeunesse: cette douce sensation d'invulnérabilité, d'éternité, de force. Le temps n'existe pas. Et les courbatures non plus.

Et puis un jour, on se rend compte qu'il y a deux ou trois trucs qui commencent à foutre le camp: on a besoin de plus de temps pour se remettre d'une nuit blanche, l'anti cernes ne suffit plus à cacher la misère, les kilos des excès estivaux mettent plus de temps à dégager.

On se dit que c'est un peu le début de la fin, et on reprend un Bloody Mary pour fêter ça. Et on en rit.

Et puis un jour, on te dit que ce truc qui t'embête depuis quelques mois mais qui ne t'inquiètait pas vraiment jusqu'ici, est un peu plus embêtant qu'il n'y parait. Rien de grave, pas de séquelle, un risque de récidive infime, bref rien d'autre que la balâfre qu'il laissera de son passage. Cette nouvelle cicatrice sur ton visage, à laquelle tu attribueras une histoire rocambolesque pour éluder les questions et te dépêcher d'en rire parce que tu as peur d'en pleurer. Peur de montrer à quel point le diagnostic a sonné comme un avertissement. Peur d'avoir été inconsciente trop longtemps. Peur de te rendre compte un jour que tu t'es toujours laissée guider sans vraiment faire tes propres choix. Peur de regarder derrière toi et te rendre compte que tu n'as rien construit. Que cela fait 36 ans que tu nourris ta curiosité, que tu écoutes ton instinct, professionnellement et personnellement, autant que faire se peut, que tu fais de ton mieux, mais que de tout cela, il ne restera rien une fois que tu ne seras plus là, parce que tu n'as pas su bâtir.

Et tu te dis que finalement, cette cicatrice que tu verras à chaque fois que tu regarderas dans le miroir, te permettra de te souvenir de cette peur. Et sera peut être ta meilleure arme pour avancer.

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