Le réveil sonne. C'est déjà compliqué le matin, mais aujourd'hui c'est plus difficile encore. Difficile d'ouvrir les yeux, de remettre les idées en place... Instinctivement, je tends mon bras vers toi. Tu n'es pas là. Tu n'es plus là. Alors le cerveau commence à se remettre en ordre... C'est vrai, nous avons eu une discussion houleuse hier soir. Tu me parlais d'une autre, tu rassemblais tes affaires... C'est trop douloureux. Je préfère ne pas y penser et suivre sans réfléchir le fil de mes petites habitudes du matin.

Direction donc la cuisine. Zut... J'ai oublié de programmer la cafetière hier soir... Il faut dire que tout est encore si confus... Je mets donc de l'eau dans le réservoir, mets un filtre, 6 cuillères de café, index sur le bouton vert... et j'attends que le café passe. Hypnotisée par la cafetière. Impossible de bouger tant que je n'ai pas bu quelques gorgées du breuvage. Alors j'attends. Que le café passe.

Mes yeux commencent à brûler dans leur immobilité. Instinctivement, ils commencent à se promener dans la cuisine. Tiens, je n'ai pas fait la vaisselle. Il faudrait aussi que je pense à glisser un rangement, là, sous le plan de travail. Ce serait plus commode. Tiens cela me fait penser à ce porte couteaux aimanté que j'ai accroché ce week end, il est quand même sympa. Ah... il manque le grand couteau... Bof, il doit être dans l'évier. La cafetière me sort de ma rêverie, je peux enfin boire mon nectar.

Après quelques gorgées, mon cerveau se remet à fonctionner. Et du coup, je repense à hier soir. Cette dispute. Pourquoi ? Pourquoi m'avoir fait ça ? Et d'où elle sort cette nana ? Les larmes montent, la confusion revient... Une sorte de brouillard semble couvrir la soirée de la veille. Ce n'est pas plus mal, c'est trop douloureux. Autant se replonger dans mes petites habitudes du matin, mes automatismes qui ne demandent aucune réflexion. Je finis ma tasse. La pose dans l'évier. Tiens, le grand couteau n'y est pas... Bof, je ne suis pas bien réveillée, je n'ai pas du le voir et j'ai autre chose à faire.

Direction le salon. Pour ouvrir grand la fenêtre, faire un courant d'air avec celle de la chambre. J'étouffe ce matin, il faut que cet appart respire, que je m'oxygène. J'avance, pieds nus, vers les rideaux tirés qui me coupent de la lumière. Je les écarte d'un coup sec.

Tiens, finalement tu es là. Tu dors par terre. Et voici aussi le grand couteau. Planté dans ton ventre.

C'est bon maintenant, tu ne veux plus partir ?

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(Respirez les gens, il n'y a pas de grand couteau chez moi, pas de cadavre, pas de petit ami infidèle... Juste mon imagination) (oui, moi aussi je me fais peur, parfois)