La scène se déroule hier soir, au supermarché du coin (le seul endroit où il y ait de la vie dans le coin où je bosse, en fait). Devant moi, un couple de personnes âgées. Je plaisante un peu avec Monsieur, échange des sourires avec Madame. J'en viens à me dire qu'ils sont mignons, tous les deux...
Et puis d'un coup, je me dis qu'en fait, non. Ils sont là tous les deux, effectivement encore plein de tendresse et d'attention l'un pour l'autre (ça, c'est clair, c'est beau, sur la longétivité des sentiments), mais en même temps, qu'est ce qu'ils font ? Ils font leurs petites courses, avant de bouger leurs rumathismes et/ou leur artrose jusque sur leur canap, en prenant bien soin de gérer l'heure et le moment où commence le JT de PPDA.
Ils attendent la mort, quoi.
Et ça, ça me fait grave flipper. Les années passent à une vitesse infernale, une vie ne suffit pas à faire tout ce que l'on voudrait faire, et même plus. Et cela se finit comment ? Les traits abîmés par le temps, les os trop fragiles, les muscles rétrécis, et au final, le grand soir, celui où tu ne te réveilles plus. Alors que le reste du Monde a le culot de continuer de tourner sans toi. Et encore, quand tu as la chance de vivre tes dernières années dans une condition physique relativement bonne... L'angoisse.
Plus ça va, plus j'ai conscience de toutes les choses que je voudrais faire et du peu de temps que j'ai. Car comme tout le monde, j'ai une dose de vie qui m'a été donnée, mais je ne sais pas quand cela va s'arrêter... Peut être demain, du côté du périph. Ou encore ce soir, sous un bus. Ou alors dans 50 ans, après avoir bien fait chier mon monde sur la durée... Qu'en sais je.
Et l'ignorance génère la peur, forcément.
Rien de bien philosophique, en somme. Juste une peur bien présente, mais bien banale. Alors c'est con, mais quand je vois les photos prises par Benjamin (cf. note juste en dessous), je me dis que j'en ai de la chance: il a capturé des moments précieux avec des gens que j'aime, et il a réussi à prendre quelques clichés de moi sur lesquels j'arrive à me regarder (les lecteurs de longue date savent à quel point j'ai un problème à ce niveau là. Pour les autres, il y a les archives, hein).

Et donc, en attendant le grand soir, quand je me trainerai mon arthrite et mes varices pour aller mater le JT de François, fils caché de vous savez qui, je pourrai regarder ces photos. Et sourire malgré tout.
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(Photo Benjamin Boccas - janvier 2008)