Quelque chose autour de minuit. Un grand boulevard où les feux tricolores s'enchaînent. Coup de bol, nous les avons tous eus au vert. Soirée terminée, nous rentrons. L'incroyable fiancé est au volant (je vous en ai déjà parlé de celui là...un truc qui date, quoi). Dernier feu avant l'autoroute, juste après le pont SNCF. Encore un coup de bol, il est vert. A peine l'avons nous passé, je vois une lumière blanche, crue, sur ma droite. Et puis un grand bruit. Blam. Et là, le film au ralenti.
La drôle d'impression d'être dans un manège: tout tourne, dans un bruit de crissement. Tiens, nous nous retrouvons face au pont sous lequel nous venons de passer... 180° effectués... Puis à nouveau la route devant nous... 360 degrés... Et puis cela se met à basculer, toujours au ralenti. De mon côté. Réflexe con: je met mes mains au plafond, pour pas tomber. Là, ma vitre explose. 1er tonneau. Cela va soudain plus doucement, jusqu'à s'arrêter totalement.
La voiture a fait 1 tonneau et demi. Pour stopper la cabriole sur le côté droit. Du côté de la place du mort. Mon côté. Comme la vitre a explosé, je touche les pavets de la route, comme pour m'assurer que la cascade est bien finie. Et tout en m'assurant de ne pas me couper. Ca pue l'essence, je voudrai sortir, mais impossible d'enlever ma ceinture. C'est cool, je n'ai mal nulle part. En même temps, je ne sens plus rien, j'ai même du mal à bouger mon bras droit, en fait. Mes jambes sont là, pas coupées, ni abîmées. Mais absentes. Je ne les sens plus.
L'incroyable fiancé est sorti je ne sais comment de la bagnole. Pas sportif pour un sou, souple comme une barre de fer, il a réussi à se dégager par sa fenêtre, ouverte vers le ciel. Tiens, je n'avais pas remarqué, mais je n'entends rien, non plus.
Du coup, j'éclate de rire. Crise de fou rire: je suis dans du coton, la voiture est morte, mais moi je suis en vie, bien en vie. Je ne sais pas dans quel état, mais je rie. Quand je dis que je suis une vraie connasse...
D'un coup, le son vient rejoindre l'image... 'tain, violent le son, genre une scie sur du métal. Genre des pompiers qui découpent la tôle pour parvenir jusqu'à moi. Et là, je me fens d'un "Salut beau gosse" au pompier qui vient me placer une minerve, avant de péter le fauteuil et de m'extirper de là. Même pas bu, et je fais de l'humour gras... La loose... Je ne bouge toujours pas les jambes. C'est pas que je ne veux pas, c'est elles qui ne font aucun effort.
Je passe sur le trajet en ambulance jusqu'aux urgences, où je faisais ma maline à chercher le docteur Ross, et où mon angoisse était de me retrouver face à un médecin sans avoir eu le temps d'enlever mes bas tout filés. La vie est question de priorité.
Les jambes ont fini par répondre. Dans la salle de radio. Quand on m'a expliqué que les cervicales avaient morflé, mais qu'heureusement le choc n'avait pas été trop violent. J'avais des réflexes aux jambes, et le bras droit recommencait à réagir comme il faut. Il y a un truc qui s'est déplacé, faudra remettre les choses en place. Le truc s'appelle C quelque chose. Déplacé un peu plus, j'aurai pu être tétraplégique. Plus le choc est placé haut dans les cervicales, plus c'est grave. Il y a un D bidule qui a été secoué aussi... Le dos est bloqué, je vais avoir des petits soucis à vie, faudra être vigilante. C'était pas faux: je suis toujours tordue.

Cela fait 8 ans, et le surnom "place du mort" garde pour moi tout son sens. Je ne suis jamais totalement à l'aise quand je suis passagère en voiture. Il me faut être en confiance pour oublier. Je ne vous parle même pas du temps qu'il m'a fallu pour ne plus avoir peur à l'arrière d'un scooter... Et je ne peux conduire avec passager(s) sans y penser, redoublant sans cesse de vigilance.

Alors oui, il y a les spots de pub, les affiches, tout ces trucs à côté desquels on passe sans se sentir réellement concernés. Et pourtant, ça nous pend au nez. Alors merci de faire attention sur la route, de ne pas picoler avant de prendre le volant/le manche du scooter. Parce que finalement, on en le dit jamais assez.