(A lire en écoutant la musique. Qui s'écoute en cliquant sur "Annexe")
Sur le quai. J'observe. Tous ces gens, tous tellement semblables. Le nez plongé dans un bouquin, ou dans un quotidien gratuit ramassé sur le siège d'à côté. Pour ne pas voir. Les écouteurs déversant leur musique tout azimut. Pour ne pas entendre.
Parce que ce que l'on voit ou l'on entend n'est pas des plus agréables. Vision de nous mêmes transformés en fourmis, le temps d'un trajet pour aller bosser. Le temps d'arriver au boulot et de faire la queue devant la machine à café. Le temps de se précipiter dehors pour aller déjeuner, à 13 heures pétantes. Le temps d'une nouvelle fois faire la queue pour arriver à cette merveilleuse mixture: un truc qui ressemble à de la viande, mais qui n'en a ni l'odeur ni le goût. Le temps, le soir, de reprendre le chemin du RER/métro pour s'engouffrer dans ce wagon qui pue et qui est sale.
J'observe ces gens qui font tout pour ne pas croiser un autre regard. Qui se déplacent tel un troupeau. Evitant quelques obstacles en se suivant les uns les autres. Flux et reflux humain, vide de sens, robotisé, déshumanisé, finalement.
J'observe et je me dis que je ne veux pas faire partie de ce troupeau. Certes, je suis bien obligée de suivre un même trajet. Mais pas de cette façon. Pas en baissant la tête. Pas en faisant la gueule. Pas en ayant peur de dire "Bonjour", "Merci". De chanter sur le quai de la Gare si j'en ai envie. De me marrer avec ma copine au téléphone en attendant mon train. Ou de m'engueuler pour la nième fois avec ma Mère. De me laisser aller à penser à Lui. De lire quelques lignes d'un bon bouquin à haute voix, parce que c'est tellement beau, le son des mots.
Je veux être libre.


(Et le premier qui soulève que c'est pas de bol de tomber sur moi dans un wagon parce que je dois faire trop de bruit, je le fracasse)