... ça se passe là où je bosse. Parce qu'entre les associés qui sont aussi sympathiques qu'un Ted Bundy, pour lesquels un "Bonjour" est un comble de familiarité vulgaire, les collaborateurs qui pètent plus haut que leur cul alors qu'ils ont tous des gueules à coucher dehors, celui là qui me dit à côté de l'imprimante, comme ça, de bon matin que je suis "pas mal excitante, finalement", le coloc' qui est en transe sur les premières notes des "Filles de mon pays" (ce matin, j'ai eu droit à Mike Brant), ce désir ardent en moi de vite me barrer de cette annexe de Saint Anne, de cette profession, de faire enfin quelque chose qui me passionne, ma vie professionnelle n'est pas de tout repos.

J'ai toutefois trouvé un îlot de repos dans cette jungle. Composé de 5 personnes: 3 collaborateurs et 2 secrétaires, qui forment un "village de gaulois", comme ils sont surnommés au sein du Cabinet. Donc eux, tout de suite, ils m'ont été sympathiques. Forcément. Et à raison.

Mais bien évidemment, comme il y a en ce moment une espèce de logique du "que va-t-il encore me tomber dessus aujourd'hui" en ce moment au taf, je suis toujours sur mes gardes. Parce que je sais que cela va tomber, s'agit juste de voir le plus vite possible d'où ça vient. Et finalement aujourd'hui, c'est plutôt drôle. C'est Neuneu "t'es pas mal excitante, finalement" qui se lance. Le garçon est plutôt sympathique: il a de l'humour, il est loin d'être con, c'est un bon vivant. Mais c'est aussi un mâle célibataire, le couteau entre les dents, avec un pouvoir de séduction aussi fin que du Klug Doubitchou (roulé à la main sous les aisselles... les plus cultivés apprécieront la référence).

Donc après la tentative près de l'imprimante, nous sommes passés à un stade beaucoup plus intime de notre relation de jeunes collaborateurs aux hormones en effervescence: le mail. Une dizaine de mails reçus en l'espace d'une heure. Nous bossons dans la même équipe, je passe déjà pour la sauvage de service, donc j'ai répondu à chaque fois. Gentiment, mais en me foutant toujours un peu de lui, quand même. En me disant: "ça, ça devrait le calmer". Et hop, un autre mail suivait. Il est passé de la provoc' à deux balles à "je fais celui qui ne s'intéresse pas qu'à son cul" en me demandant d'où je suis originaire précisément.

Je crois qu'à un moment, il va falloir que je sois franche et lui avouer que je préfère les hommes.