(âmes sensibles, s'abstenir)
D'humeur joyeuse aujourd'hui (malgré une soirée beaucoup trop arrosée et donc un cerveau en phase de décomposition), je me rends compte que je ne vous ai pas parlé de cette autre expérience ludique en morgue (la première est ).
Alors commençons par le contexte: août 2000, encore étudiante (plus pour longtemps), j'effectuais un stage auprès d'un juge d'instruction. Stage d'un petit mois, réellement passionnant, le juge en question ayant une réelle personnalité et le coeur sur la main. Premier jour: quelques appréhensions. Ben oué, le droit pénal n'est pas exactement ma spécialité, je ne sais pas trop ce que l'on va me demander de faire, mais en même temps il y avait une réelle excitation de découvrir les coulisses du Palais. (Parenthèse pédagogique: s'il y a un étudiant en droit qui passe par ici, cours donc faire un stage en juridiction !!!)

Donc je débarque le lundi matin, et on commence par l'audition d'une personne accusée de pédophilie (histoire d'être tout de suite dans l'ambiance), et on enchaîne avec un type qui a tiré à bout portant sur un autre mec avec un fusil à pompe. Vous imaginez ma joie de découvrir toutes ces choses, moi, la grande sensible à l'estomac pas bien solide...
Fin de l'audition du Monsieur au fusil, et le Juge me propose: "Il y a l'autopsie de la victime jeudi, est-ce que tu veux y aller?". Hors de question de me démonter dans ce nouvel univers où la femme n'est pas exactement présente, je réponds donc par l'affirmative (mon orgueil féministe est parfois assez déplacé, j'en conviens).
Arrive donc le jeudi. Je vais direct chez les flics, puisque c'est celui qui va prendre les clichés qui m'emmène à la morgue. (Pour info: une jeune étudiante en robe d'été est toujours très bien reçue chez les flics...)
Arrivée à la morgue: tiens je connais le médecin légiste. Non seulement il connaît mon Père, mais en plus, sa fille était à la fac avec moi (une vraie connasse, mais bon, ce n'est pas le sujet). Bien évidemment, je me présente la bouche en coeur: "Blablabla, fille du Docteur Blablabla. Je suis aussi à la fac avec votre fille ! Oui, nous nous connaissons très bien toutes les deux, oui oui" (tu parles, on ne pouvait pas s'encadrer).

Et à quelques mètres de là, la victime. C'est un homme. Première réflexion (débile, il est vrai): il semble que le zizi rétrécie vachement quand l'homme trépasse. A moins que cela n'ait été de naissance (le pauvre). Puis le médecin légiste, trop content de prendre sous son aile une fille de confrère et "amie" de sa fille (c'te salope), s'est mis en tête de tout me faire voir. Oui, TOUT. Alors on commence par me mettre de nez sur la plaie (au niveau du bide) pour me montrer comment on reconnait que le coup était à bout portant. Et de près, l'odeur, on la sent super bien, croyez moi.

Puis on attaque le protocole: ouverture du bide au scalpel pour la pesée de tout ce qu'il y a dedans. Là, quand on ouvre, ça pue. Une horreur. Je vais donc faire un tour dehors, histoire de prendre l'air. Le médecin légiste vient s'assurer que tout va bien. Imaginez: il est en tenue, masque et tout et tout, le scalpel dégoulinant dans la main. Et comme tous les gens du Sud, il parle avec les mains. Une obsession: pourvu qu'il n'y ait pas un bout de chais pas quoi sur le scalpel qui me tombe dessus...

Comme il faut sauver l'honneur, je re-rentre. On en est à la tête. Qu'on ouvre à la scie manuelle. Et là, j'ai vraiment eu du mal. Ce n'était plus possible. Ce pauvre homme allongé, avec tout ce qui est normalement dedans qui se trouvait dehors, et la peau du visage soulevée par le médecin qui pour blaguer me dit "Vous avez vu, il portait un masque !!!" (humour carabin, quand tu nous tient...)

Bref, j'ai fait mon plus beau sourire et je suis ressortie. Il ne faut pas abuser des bonnes choses, et j'estimais avoir suffisamment testé mes limites à ce niveau là. Alors je présente les choses dans un esprit de rigolade, car tout cela est tellement laid et bizarre qu'il faut mettre une distance, ne pas trop s'impliquer. Sinon, on se rend compte à quel point des choses atroces peuvent arriver. Ou même pire: réaliser que la personne que l'on autopsie était jeune, avait une vie, une famille.

Alors pour mettre de la distance quand je suis sortie de là, j'ai pensé à la soirée à laquelle je me rendais le soir chez une copine. C'était soirée barbeuk. Joie.