Pas perdus
Par Miss Blablabla le mercredi 21 juin 2006, - Je, Moi et ma petite personne - Lien permanent
Plaidoirie cet après-midi devant le Conseil des Prud'hommes. Nous devions
passer en 3ème position. Lors de l'appel des causes (pour savoir qui est
pr(c)sent ou non, un peu comme l'(c)cole), la Pr(c)sidente a demand(c) tous de
bien vouloir être concis dans sa plaidoirie. Certains n'ont pas du bien
entendre cette requête, les deux premières affaires ayant (c)t(c) plaid(c)es
respectivement en 1h30 et 1h20...
Et pendant ce temps l , on attend. Alors on (c)coute un peu ce que racontent
nos Confrères qui plaident, puis vite on sent la concentration sur notre
dossier prendre la tangente, donc on se remet revoir nos pièces, nos
conclusions...
Mais ce dossier, on l'a tellement coeur, qu'on en connait les moindres
d(c)tails, et la pression monte. Alors on s'(c)clipse discrètement, on sort de
la salle et on fait des tours de garde. Le nom "salle des pas perdus" prend
tout son sens.
Les pas perdus, le temps perdu, la concentration retrouv(c)e, l'adr(c)naline en
hausse. Parce qu'il y a toujours un peu d'adr(c)naline, heureusement, c'est ce
qui fait le charme de la plaidoirie.
On passe le nez: non, ils n'ont toujours pas fini. Alors on continue de
tourner, puis finalement on revient sa place, dans la salle d'audience. On
observe les Conseillers: l'un s'impatiente, l'autre manque de s'endormir, l'un
prend fr(c)n(c)tiquement des notes tandis qu'un autre regarde discrètement sa
montre...
Tout le monde est fatigu(c), tendu. Et enfin vient son tour.
Etant en d(c)fense, je plaide en second. Pendant que mon Confrère avance ses
arguments, surtout, je ne l'interromps pas, mais je prends l'air outr(c) qui va
bien au moment qui va bien. Tout dans le non dit, mais expressif, le non
dit.
Il a fini. A moi. Je me lance. Je ponctue mon argumentation physiquement: je me
rapproche quand un argument doit être particulièrement soulign(c) (pour donc
attirer l'attention des conseillers), je m'(c)loigne, utilise les silences, le
placement de voix...
J'ai fini. Nous donnons nos dossiers au Conseil. Manque plus qu' attendre le
d(c)lib(c)r(c). La boule au ventre. Comme lorsqu'on attendait le d(c)lib(c)r(c)
du jury l'(c)poque de la Fac.

Commentaires
Objection votre honneur !! ;-)
La plaidoirie en elle-même doit être vraiment excitant, jubilante, une bouff(c)e d'(c)nergie sur la coup et puis après la fatigue. Avocat, c'est un peu comme du th(c)âtre, l'expression corporelle compte autant que le discours, non ?
11+1 = 12 (je suis trop forte !)
La plaidoirie c'est si crucial que ça ? Je pensais que si le dossier (c)tait bien (c)tay(c), argument(c) et avec les bonnes jurisprudences le num(c)ro l'audience servait surtout pour la galerie?!
(ah ouais des fois je peux être s(c)rieux)
Au fait des nouvelles de ton voisin du 4ème?
(le s(c)rieux ça dure jamais longtemps)
3 commentaires, contre 21 pour le pr(c)c(c)dent message.
Bizarrement, "plaidoirie" semble moins porteur que "seins".
Comprends pas...
C'est sympa de nous faire partager, un peu plus et je m'y serais cru !
Ces moments doivent être pas mal excitants et fatiguants !
Excitant, fatiguant, stressant... Pfiouu ! Pas de tout repos ton metier.
J'ai toujours ete pleine d'admiration pour les gens qui font un tel travail qui demande tant de travail justement, de concentration, de patience, de reflexion, de jugeotte et bon sens, de logique, de... Ouais. Bon. Vraiment. Ca me laisse toujours aussi admirative.
l-tz> ;-)
Mel> Clairement, l'expression corporelle joue (c)norm(c)ment. Et surtout, il faut faire attention ne pas se balancer quand on plaide: ça donne le mal de mer ceux qui (c)coutent...
Gilles> Sans bonne argumentation juridique, fond(c)e sur la jurisprudence qui va bien, il ne peut pas y avoir de bonne plaidoirie. La plaidoirie a une utilit(c) diff(c)rente selon les juridictions: par exemple, devant les juridictions administratives, on ne plaide pas, on d(c)pose son dossier. Moi je plaide essentiellement devant les Prud'hommes, où la proc(c)dure est orale: donc la plaidoirie cruciale.
Olive> Moi non plus comprends pas... Il doit y avoir des sujets plus porteurs que d'autres. Mais c'est marrant de voir qui commente quoi, en même temps... ;-)
Greg> C'est effectivement crevant, on en ressort totalement vid(c) (et affam(c)e, en ce qui me concerne !)
Tippie> C'est du boulot, mais rien qui ne soit la port(c)e de tous ! Op(c)rer coeur ouvert, peindre un chef d'oeuvre, (c)crire des prix Goncourt, ça, c'est carr(c)ment pas la port(c)e de tous !
et les povs clients qui voient des corbeaux cravates faire des moulinets pour faire peur au conseil, ils pensent quoi ce moment l ?
my take : "c'est beau l'envol(c) d'un oiseau, c'est un chouette spectacle, la place n'est pas donn(c)e, mais c'est chouette"
ps : prendre au xeme degr(c)
arno> Attention, convaincre et utiliser l'expression corporelle, cela ne veut pas dire faire des moulinets !!! Nous ne sommes pas l pour leur faire peur, mais bien pour que notre message soit convainquant et entendu. Quoique certains confrères font du grand guignol, mais je ne suis pas s"re que ceux qui nous (c)coutent soient ravis de perdre du temps (c)couter des cimagr(c)es...
La v(c)rit(c), chuis fiere de toi ma fille.
Merde, j'avais oubli(c) de changer de pseudo au dessus hin hin.
Folie Priv(c)e> :-) (ben ou(c), c'est vachement gentil ton commentaire, alors sais pas quoi dire...Ah si ! Fais bisoucucul de ma part Spike !)
C'est rigolo moi qui ai v(c)cu ça en (c)tant fille et supportrice inconditionnelle de "la cliente", je n'en n'ai pas tout fait la même vision.
L'impression la fois d'une extrême lenteur, comme de vivre en dehors de l'espace temps et d'une vitesse foudroyante face la rapidit(c) avec laquelle des destins se jouent.
Finalement on est presque "content" en tant que client de voir qu'on est pas le seul et que d'autres sont un peu dans les mêmes galères.
On se parle, on se raconte nos histoires, nos galères, on (c)change des conseil.
Et puis quand arrive le moment de la plaidoirie, c'est plus qu'une tension, une horrible impression que tout d(c)raille et que rien ne va comme on le voudrait.
On trouve qu'il y a trop de bruit dans la salle, que les conseillers ne sont pas assez attentifs, que l'avocat n'est pas assez bon qu'il n'insiste pas sur les points qui nous paraissent important nous.
Je me souviens de longues explications agit(c)es avec ma mère pour lui faire comprendre que l'avocat sait ce qu'il fait et qu'il y a des choses qui ne se font pas dans une salle d'audience.
De sacr(c)es tranches de vie qui se jouent en ces lieux que sont les tribunaux.
Ca te derange pas hein, si juste je lui transmets oralement (ah ah) le message ?
Folie Priv(c)e> Fait comme tu le sens (ah ah)
Ah de la passion auin pointe, j'aime ....