Parce que le ridicule ne tue pas et que ce qui ne tue pas rend plus fort, je
vais te raconter, ami lecteur, comment aujourd'hui même, il y a à peine plus
d'une heure, je viens de ruiner toute perspective professionnelle dans
l'entreprise qui m'emploie en ce moment.
Soyons précis, soyons factuels:
17h30: Je viens de finir une analyse juridiquement
puissante et décide de me reposer l'esprit deux minutes en allant causer à mon
équipe (le site du Comptoir des Cotonniers plante, ça m'agace, je sors de
mon bureau pour vider tout ce stress)
17h32: Me voilà en route pour la machine à café. Puis je me
dis que c'est une mauvaise idée, à cette heure ci. Je m'arrête donc en chemin
devant la plante qui décore l'open space de l'équipe que je manage (puisque
comme tu le sais, je suis Responsable des gommes & des crayons et c'est
toute une équipe qui est sur le coup).
17h33: En fait, cette plante a de plus en plus de feuilles
jaunes. C'est une espèce de Yuca (ce qui n'a rien à voir avec le Beaucarnée
Recurvata qui est dans mon bureau, mais c'est une autre histoire), elle a donc
des longues feuilles assez fines. Et jaunes.
17h35: Prise d'un revival "Nicolas le Jardinier", je
commence à taper la discute avec mon équipe (ils sont trois), tout en enlevant
les feuilles jaunes (nombreuses) de la plante et en philosophant sur le fait
que l'arroser avec le fond de mes tasses de thé, ce n'est peut être pas
top.
17h36: J'ai fini le nettoyage de la plante et continue de
discuter avec mon équipe. Je suis donc là, au milieu de l'open space, plantée
comme une pelle (esprit jardinage, on a dit), à agiter la dizaine de feuilles
jaunes qui, tenue ainsi dans ma main, commencent à ressembler furieusement à un
fouet.
17h37: La discussion avec l'équipe dérive (comme souvent)
et on se met à rigoler que tout de même, je fais drôlement femme-maîtresse avec
mes bottes noires et mon fouet en feuilles jaunes. Fouet que j'agite à
hululant, parce que j'aime bien faire rire mon équipe (va falloir que je
réfléchisse à ma crédibilité en tant que manager, un de ces jours)
17h38: Je tourne ma tête vers la droite. Je plisse les yeux
(par excès de coquetterie, je mets rarement mes lunettes). Et d'un coup, il y a
comme un silence, du côté de l'équipe.
17h39: J'ai donc le PDG de la boite à 10 mètres de moi. Qui
a assisté à toute la scène où je hululais avec mon fouet. Et qui rigole (avec
deux ou trois points d'interrogation dans le regard, tout de même). Je prends
un air détaché et lui dit "Bonsoir", le front haut et l'orgueil bien
amoché.
17h40: Mon N+1 est dans mon bureau, où je suis vite partie
me réfugier. Il a assisté à la scène (sauf que lui est habitué à ce que je
hulule), il est mort de rire. Mais pas autant que la fois où je lui ai dit que
j'étais à poil sur une photo qui circulait sur le net, ni que la fois où je lui
expliquais qu'un soir de semaine, il faudrait que je parte tôt car j'avais une
soirée capotes.
Non franchement, je crois qu'il va falloir que je fasse un travail sur mon
image dans cette boite.






