(*) Terme de Gymnastique artistique, désignant un saut par renversement
arrière (tout un programme, n'est ce pas)
Ami lecteur, je t'en ai parlé: la raison de mon absence en ces lieux pendant
quelques temps a notamment été la conséquence d'une mauvaise chute, dont le
résultat a été une fêlure ET une fracture du radius (ne faisons pas les choses
à moitié), accompagnant l'inévitable entorse du même poignet. Le droit bien
sûr, c'est beaucoup plus drôle de se péter la main qui nous est la plus utile.
Bref, du LoLiLoL dans mon avant bras pendant 6 semaines... Et aujourd'hui
encore, pour être tout à fait honnête.
Et laisse moi te dire que quand tu te pointes au taf le lundi matin avec le
bras en écharpe, tout le monde prend un air désolé pour te demander ce qu'il
s'est passé: accident de voiture ? Chute dans les escaliers ?
Agression ??... Pour répondre, tu prends un air digne et te contente d'un
"talon qui s'est coincé dans le rail d'un ascenseur" qui déjà en soi, n'est pas
des plus victorieux mais te semble, sur le coup, beaucoup moins pathétique que
la réalité. Ajouté au fait qu'il est de notoriété publique que tu es
constamment perchée sur des talons de 10 à 12 cm, tu sens un petit souffle de
crédibilité couvrir ce presque-mensonge.
Parce que oui, c'est un presque-mensonge. La réalité est telle qu'en lisant
cette note, Ami lecteur, tu vas toucher du doigt l'essence même du
Glamour.
C'était un samedi soir. J'étais donc dans un ascenseur, la soirée avait été
jusqu'ici assez arrosée. Et dans cet ascenseur avec moi, un bel homme dont les
circonstances de la rencontre etc... ne sont pas le propos, mais voilà
l'essentiel: on se plaisait. Ses gestes, son attention jusque là n'avaient pas
laissé place au doute. Nous nous étions par un heureux hasard retrouvés tous
les deux seuls dans cet ascenseur, dont la porte coulissante par laquelle nous
étions entrés était derrière lui (visualise bien)
Il appuie sur le bouton de destination. Il me regarde. Je le regarde.
Sourires entendus... Il s'avance vers moi.
Là, sentant approcher ce moment où tu côtoies les étoiles par la magie d'un
baiser fougueux où l'homme se comporte en vrai mâle et te plaque contre un mur
pour te montrer que c'est lui qui décide, tu laisses parler ton instinct de
femme soumise et décide de la jouer glamour en te laissant aller contre la
paroi derrière toi et te retrouver ainsi offerte à son étreinte.
('tain, on se croirait dans un Harlequin)
Donc tu te laisses aller sur la paroi derrière toi.
Sauf que l'ascenseur avait une porte coulissante d'entrée (derrière le mâle,
donc) MAIS AUSSI (la fourberie) une porte coulissante de sortie. Derrière toi.
Sauf que tu l'avais pas vue. Ni entendue s'ouvrir.
Et voilà donc qu'en te laissant aller en arrière pour accueillir ce que tu
croyais être une étreinte enflammée, tu chutes dans le vide, ne pouvant rien
faire si ce n'est prier pour que le mur du hall ne soit pas trop éloigné de la
porte de l'ascenseur.
C'est une fois avoir pété ton poignet et violemment fini ta chute en
fracassant l'arrière de ton crâne sur ce fichu mur bien trop éloigné que tu
réaliseras que point d'étreinte il ne fallait attendre: le bel homme s'étant
avancé non pas vers toi, mais vers une porte de sortie que tu n'avais pas
entendue s'ouvrir.
Bref, le talon dans le rail de l'ascenseur, c'est tout ce que tu as trouvé à
dire quand l'éphèbe t'a aidée à te relever. Mais aussi quand tu es arrivée aux
Urgences (le lendemain, car bien sûr "Mais non ça va ! Ca va passer !
Hi hi hi !") (conne un jour, conne toujours). Quand tu as téléphoné à tes
parents pour leur raconter. Quand tes potes se sont inquiétés. Quand tu es
arrivée au taf le lundi matin. Quand tu affichais ton orthèse en accessoire de
ta robe de cocktail lors d'un mariage quelques jours après. Quand ta famille
lors du repas de Noël, s'est inquiétée des circonstances de ta
chute....

Et c'est ainsi que l'on comprend chaque jour un peu plus pourquoi je me répète ces quelques mots de Jennifer Aniston comme un Mantra: "Ridicule does not kill. And what does not kill you makes you stronger."